Il menace de tuer son cousin le maire (journal l’Est Républicain)
IL N’EST JAMAIS bon discuter politique en famille. Ces deux cousins, autrefois très liés, en font la douloureuse expérience. Une querelle de clocher ? Non, l’affaire est plus grave. D’un côté le maire des Terres-de-Chaux, Jean-Jacques Venditti, la victime. De l’autre, son cousin, un conseiller municipal, poursuivi pour menace de mort à l’encontre d’un élu public. Depuis quelques années, leurs relations se sont fortement dégradées. « On a l’impression d’un camp gaulois », image Catherine Hantz, l’avocate du prévenu. M e Leroux, qui soutient le plaignant, peint ce climat délétère : « Cette affaire n’est que la partie émergée de l’iceberg. Mon client fait face à une fronde. Il subit insultes, diffamation, menaces de mort. La pression est permanente ». Des attaques qui seraient également visibles sur un site internet créé par les « frondeurs », le cousin et ses amis : « Je vais saisir le tribunal en référé pour le faire supprimer ».
« Tu termineras pareil »
L’avocat reprend encore le témoignage d’une employée municipale sur la personnalité du prévenu : « Elle explique que son comportement est inquiétant, qu’il est déterminé et qu’elle craint un drame ».
Point d’orgue des tensions lors du conseil municipal du 8 juillet dernier. Ca commence par des broutilles. Le maire aurait décidé, seul, de supprimer les festivités du 14 juillet. Ca devient plus sérieux avec les propos inquiétants d’un autre élu — dépressif — qui menace « de se foutre en l’air » avant de quitter la salle. Le cousin, décrit comme impulsif et sanguin, part à la recherche du désespéré. Puis il s’arrête au domicile du maire et l’invective : « Y’en a marre. Si on retrouve mon copain au bout de la corde, tu termineras pareil. Je me fous d’aller en prison ».
Coup de semonce du président Troilo : « Si vous voulez aller en prison, on va vous y envoyer ». Le cousin rejette la faute sur un maire intransigeant, « humiliant avec les autres ». Et de s’adresser au magistrat : « Avec vous, on arrive à discuter normalement. C’est pas parce que vous êtes président que vous me rabaissez ». Le juge-assesseur Maîtrepierre embraye : « Pourquoi ne pas avoir démissionné ? C’est ça le processus démocratique… ».
Pour le procureur de la République, le délit est inadmissible : « Tout ce qui se passe et ce qui se dit en conseil de Terres-de-Chaux ne nous regarde pas tant qu’il n’y a pas d’infraction. Mais là, elle existe et elle caractérisée », estime Thérèse Brunisso.
La représentante du parquet n’est pas tendre. Elle rappelle que l’homme, certes sans casier judiciaire, a fait l’objet de nombreuses procédures pour menaces : « Elles ont été classées sans suite parce qu’il n’y avait pas de réitération. Mais quand il s’agit d’un maire, une seule menace de mort suffit pour être poursuivi ». Elle requiert deux à trois mois de prison avec sursis et, surtout, l’inéligibilité du conseiller municipal : « Il faut mettre un coup d’arrêt. Je considère qu’un élu qui commet une telle faute ne peut pas représenter des citoyens ».
Me Hantz se dit choquée par les réquisitions. Son client a eu des mots qui dépassaient sa pensée. Ni plus, ni moins. « C’est humain. Il avait peur que son ami se suicide. L’angoisse était telle que c’est sorti comme ça. Mais jamais, il ne serait passé à l’acte. » Le conseiller municipal a été condamné à 5 mois de prison avec sursis. Il devra payer 300 € de dommages et intérêts au maire. Dernier conseil du juge Troilo au prévenu : « Attention Monsieur, le tribunal a bonne mémoire. Si vous commettez un délit dans un délai de cinq ans, le sursis peut être révoqué ».
Aude LAMBERT
À plusieurs reprises, l’expression « C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » a été utilisée pour expliquer le comportement du conseiller municipal à l’égard du maire. De quoi, aussi, s’emmêler les pinceaux. La petite perle du jour revient à M e Hantz, qui, au terme d’une plaidoirie fournie, a conclu : « La soucoupe était pleine… ». Réaction amusée de l’avocate : « J’ai dit ça ! Je ne m’en suis même pas rendu compte ! ». Euh oui, la soucoupe, c’est dans l’espace, pas aux Terres-de-Chaux.




